Comment survivre à un arrêt cardiaque? Le témoignage de Jean-Philippe Larose
Chaque année au Québec, des milliers de personnes sont victimes d’un arrêt cardiaque soudain. Dans ces situations, chaque minute compte. Sans intervention rapide, les chances de survie diminuent de 7 à 10 % par minute.
Le 10 décembre 2017, Jean-Philippe Larose est allé jouer au hockey-balle comme des dizaines de fois avant. Il n’est pas rentré chez lui de la même façon. Voici son histoire et ce qu’elle nous dit sur notre responsabilité collective face aux arrêts cardiaques.
Un soir de décembre, un gymnase et une vie qui bascule
L’arrêt cardiaque est survenu dans un contexte tout à fait normal. Rien ne laissait présager ce qui allait arriver.
Deux mois auparavant, Jean-Philippe avait même passé un test à l’effort rassurant.
« On m’avait dit : “Ça va super bien, on se revoit dans un an et demi, deux ans.” »
Ce 10 décembre 2017, il retrouve ses amis pour une partie de hockey-balle. Une activité familière, sans pression, entre gars qui se connaissent depuis longtemps. À une quinzaine de minutes de la fin, rien ne laisse présager ce qui va suivre.
« J’ai fait un arrêt de routine… puis j’ai dit : “Hey, je me sens pas bien, je sens comme un coup de chaleur.” […] Je me suis mis au sol et tout de suite après, black-out, je suis tombé à terre. »
Jean-Philippe vient de faire un arrêt cardiaque. Pas une crise cardiaque, un arrêt cardiaque : une défaillance électrique soudaine du cœur. Chaque seconde qui passe sans intervention réduit ses chances de survie de 7 à 10 %. Il est inconscient. Son cœur ne bat plus.
Pourquoi les premiers répondants sont un facteur déterminant?
Dans les secondes qui suivent la chute de Jean-Philippe, ses coéquipiers réagissent. L’un deux, Éric, travaille dans un hôpital, pas comme infirmier, mais il sait quoi faire.
« Il est venu me voir tout de suite. Il a directement pris les choses en main. Il a dit à un autre joueur : « Toi, tu appelles le 911. Toi, tu ouvres les portes pour l’ambulance…Toi, va trouver le défibrillateur. »
Lors d’un arrêt cardiaque, la chaîne de survie repose sur quatre éléments essentiels :
- Reconnaissance rapide de l’arrêt cardiaque
- Appel immédiat aux services d’urgence
- Début de la RCR (réanimation cardiorespiratoire)
- Défibrillation rapide à l’aide d’un DEA
Le rôle des premiers répondants a été déterminant. Sans leur intervention immédiate, les chances de survie auraient chuté drastiquement. Même sans être des professionnels de la santé, des personnes formées, ou parfois simplement informés, peuvent faire la différence.
« Ils étaient trois à faire les compressions thoraciques, ils se relayaient. »
Pourquoi le DEA change tout?
Pendant que les compressions continuent, quelqu’un part à la recherche du DEA, le défibrillateur externe automatisé installé dans l’établissement. Mais ce qu’il découvre illustre un problème qu’on retrouve dans des centaines d’établissements au Québec.
« Il y en avait un, mais il était derrière sept portes barrées dans le gymnase. Il n’était pas à côté du gymnase, il était vraiment en arrière. »
Malgré cet obstacle, l’appareil est finalement retrouvé et apporté. Et ce qui se passe ensuite est presque miraculeux et pourtant, c’est exactement ce que ce dispositif est conçu pour faire.
« Le défibrillateur était là depuis seulement quelques semaines… un choc a été suffisant. Ça m’a ramené. »
Un seul choc électrique. Après plusieurs minutes sans battements cardiaques, le cœur de Jean-Philippe reprend son rythme. Il est vivant.
Que se passe-t-il quand il n’y a pas de DEA à proximité?
Jean-Philippe a survécu. Mais il est le premier à dire que son histoire aurait pu se terminer très différemment. Et il partage volontiers une réalité que les services d’urgence connaissent trop bien.
« Quand les paramédics reçoivent l’appel, s’il n’y a pas de DEA, ils savent souvent qu’il sera trop tard. »
Même les interventions d’urgence les plus rapides ne peuvent pas compenser l’absence d’un défibrillateur sur place. Dans les premières minutes d’un arrêt cardiaque, tout repose sur les personnes présentes et sur leur accès à cet appareil.
« Suite à ça, ils ont équipé les gymnases d’un DEA à la porte du gymnase. »
Un appareil caché derrière sept portes peut coûter une vie. Un appareil visible à l’entrée peut en sauver une.
Pourquoi tout le monde devrait se sentir concerné?
Aujourd’hui encore, de nombreux freins persistent : peur de mal faire, manque de formation, perception erronée des risques.
Jean-Philippe a survécu grâce à des gens qui ont agi sans hésiter. Pourtant, dans d’autres situations similaires, des témoins restent paralysés par la peur de mal faire.
« Il y a encore de gros freins et de gros mythes autour des défibrillateurs. Les gens ont peur de blesser quelqu’un, ils confondent beaucoup pacemaker et défibrillateur… Il y a vraiment un grand flou autour de ça. »
Pourtant, la réalité est simple: tout le monde peut intervenir. Le DEA guide l’utilisateur à chaque étape. Il analyse lui-même le rythme cardiaque et décide si un choc est nécessaire.
« Tu mets deux patchs, tu pèses sur le bouton, puis la machine te dit quoi faire. Ce n’est vraiment pas compliqué. »
Et surtout, Jean-Philippe résume avec une franchise désarmante ce que la peur d’agir peut coûter :
« La personne est morte… tu ne peux pas lui faire plus mal. Il faut au moins essayer quelque chose.»
Pourquoi tant d’organisations hésitent encore à s’équiper?
De nombreuses organisations, associations sportives, municipalités et copropriétés hésitent encore à investir dans un DEA. Les raisons invoquées varient : coût, risque faible, manque d’information.
Jean-Philippe, lui, remet les choses en perspective avec une simplicité qui clôt tout débat :
« 1 500 dollars pour sauver une vie, ce n’est rien du tout. »
Et l’installation seule ne suffit pas. Un DEA sauve des vies seulement s’il est visible, régulièrement inspecté, avec des électrodes et batteries opérationnelles.
« C’est bien beau d’en avoir un, mais si la moitié des gens ne savent pas où il est, qu’il n’y a pas de signalétique, qu’il est au fin fond d’un couloir, caché, c’est compliqué. »
Que retenir de l’histoire de Jean-Philippe Larose?
Survivre à un arrêt cardiaque est possible. Mais cela dépend presque toujours de la rapidité d’intervention et de la disponibilité d’un défibrillateur.
Depuis son accident, Jean-Philippe s’engage pour sensibiliser le public et faire avancer les choses!
« Si mon témoignage, mes interventions, les entrevues que je fais, c’est assez pour que des gens achètent un défibrillateur, puis que ça peut sauver des vies, ça vaut la peine. »
Son histoire n’est pas une statistique. C’est un père, un ami, un coéquipier qui a eu la chance que les bonnes personnes soient au bon endroit, avec le bon équipement.
Et parfois, la différence entre une tragédie et une seconde chance tient à un seul appareil accroché au mur et à quelqu’un qui ose agir.